Comment aimer son corps dans un monde grossophobe

iStockphoto/Siphotography
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Je parle souvent à mes patient(e)s d'acceptation du corps. Parfois, ils se braquent, comprenant qu'ils devraient se résigner à rester "en surpoids" pour toujours et apprendre à s'en satisfaire. 

Pour moi, l'acceptation est plutôt synonyme de bienveillance, de respect du corps tel qu'il est. Et c'est souvent comme cela que mes patients perdent du poids, lorsque le corps respecté peut enfin s'exprimer et être entendu, que la perte du poids n'est plus une priorité.

J'ai bien conscience que la tâche est ardue. L'histoire du poids est souvent compliquée et ancienne, la confiance en soi démolie par une vie de régimes. Pourtant, il est maintenant prouvé depuis longtemps qu'ils mènent à la prise de poids à moyen/long terme et sont dangereux pour la santé. Ce n'est donc pas une histoire de mauvaise volonté!

La grossophobie , de  la societe  à la personne

La grossophobie, littéralement c'est la peur du "gros". Dans la réalité, la définition serait plutôt la stigmatisation et la discrimination des personnes en fonction de leur poids ou de leur silhouette, reposant sur des préjugés associant le surpoids à la paresse, au manque d'activité physique, à  une alimentation malsaine ou compulsive, à la laideur, la saleté, la maladie, le manque de volonté, etc... 

C'est choquant, c'est écoeurant mais finalement, ce discours finit par être intégré par tous, et même par les personnes grosses. Le résultat est un cercle vicieux poussant au contrôle mental de l'alimentation comme solution au surpoids qui en devient au contraire l'accélérateur.

De l'insulte à la grossophobie bienveillante

Il y a différentes facettes de la grossophobie : on peut distinguer une discrimination évidente et malveillante (insultes et remarques désobligeantes à l'école, dans la rue, au travail, discrimination à l'embauche...), mais aussi une maltraitance qui part d'un bon sentiment ("tu devrais prendre soin de toi", "tu te sentirais mieux en perdant du poids", "tu devrais essayer ce super régime", "votre IMC est élevé et vous expose à des maladies"). La personne n'est plus perçue qu'à travers son poids et finit par définir sa propre personnalité ainsi...

J'assiste d'ailleurs souvent à la stigmatisation des personnes obèses ou en surpoids de la part du corps médical à travers les expériences de mes patients. Beaucoup me racontent que leur médecin leur "prescrit" une perte de poids (sans plus d'explication ou de soutien) quelque soit le motif de consultation. Certains ont vécu des humiliations telles qu'elles les ont poussé à fuir les rendez-vous médicaux. Bien sûr et heureusement, ce n'est pas une généralité. 

La pandémie mondiale de COVID-19 a d'ailleurs ravivé le préjugé que la personne grosse a forcément plus de risque d'être malade.

 

Merci d'ailleurs à Esther du Huffington Post de m'avoir permis de m'exprimer sur ce sujet lors de la journée mondiale de lutte contre l'obésité! Retrouvez sa vidéo.

Un reportage inspirant

Auteure du roman "on ne naît pas grosse", Gabrielle Deydier raconte son histoire dans le reportage "on achève bien les gros" diffusé sur ARTE (disponible jusqu'au 16 août 2020). Je pense que son parcours touchant illustre parfaitement la dangerosité des régimes et le poids que la grossophobie peut peser sur les personnes grosses. Je vous recommande vivement de le visionner!

un exercice epistolaire...

Je propose parfois en cabinet un exercice intitulé "Lettre à mon corps" dans lequel j'encourage le patient à écrire à son corps (que ressent-il pour lui, quelles sont ses attentes à son égard, que compte-t'il faire pour lui?) et à imaginer la réponse de son corps (sa réaction face à sa lettre, que ressent-il, qu'attend-il et que compte-t'il faire pour lui?). Cet exercice fait très souvent émerger de la bienveillance et de la connexion au corps.

Vous êtes tenté(e) par l'exercice? N'hésitez pas à me contacter pour partager votre expérience!